Cruel Intentions
Pardonnez-moi, j'utilise souvent les titres originaux plutôt que leurs traductions.

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Cruel Intentions, c'est une adaptation très, très libre (ne pas confondre avec "libertine", même si, si) du best-seller de Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons Dangereuses. Et c'est là qu'on comprend pourquoi à cette époque les best-sellers ça ne fonctionnait pas comme maintenant, parce que si Pierre Choderlos de Laclos avait vécu à notre époque, il aurait pris un pseudo (ou alors, il aurait publié chez Robert Laffont). Enfin bref, si justement je vous parle de l'adaptation ciné version années 90, c'est que je ne pense pas parler du bouquin, que vous avez certainement lu, j'espère, et puis de toute façon je ne m'inquiète pas puisque sitôt cet article fini vous allez vous précipiter à la bibliothèque pour le lire si ce n'est pas déjà fait, et ce n'est pas une question.

L'histoire
L'histoire, eh bien, elle reprend les grandes lignes du roman, en modernisant certains passage, en transposant certains autres, et en changeant les noms inutilisables (car la France de Choderlos de Laclos utilisait des noms qui seraient un peu dépassés dans l'Amérique du vingtième siècle). Ainsi, la Présidente Tourvel s'appelle "Annette" (remarquez ce délicieux choix tout à fait dans le coup), mais Cécile garde son prénom, et le Marquis de Valmont devient juste Sébastian Valmont, un changement négligeable.
Je vais tenter de faire simple: Sébastian et Catherine sont demi-frère et demi-soeur, puisque leurs parents se sont mariés. Ils ont le même âge, et son honteusement riches. Depuis ce jour, (le mariage de leurs parents, donc), Sébastian le Don Juan meurt d'envie de coucher avec sa demi-soeur toute neuve, la nymphomane invétérée Catherine. J'avoue, jusque là, ça rentre dans le titre, mais je vous assure, ça n'a rien d'un mauvais porno. Un beau jour, le mec de Catherine la plaque pour une fille complètement débile, Cécile Caldwell, dont on se demande si la naïveté est vraiment, vraiment réelle ou si elle n'en joue pas un peu. Mais je vais vous couper le suspense, oui, elle est conne pour de vrai, ne cherchez pas. Catherine va donc demander à son frangin adoré s'il ne peut pas dévergonder complètement la demoiselle pour en faire la pire traînée du pays, histoire de se venger de son horrible ex. Notez que de 1999 à 2009, les préoccupations de la jeunesse dorée de l'upper-east-side ne changent pas beaucoup.
Seulement, Sébastian, lui, il vaut mieux que cela. Ca n'a rien à voir avec le fait qu'il ait déjà couché avec toutes les belles filles de la ville (alors là, il fait encore plus fort que le Sex God des cachots de Serpentard fanfictionnel). Non, Sebastian s'ennuie, en fait. Plutôt que de s'occuper de l'idiote Cécile, il préfère tenter le coup avec Annette Hargrove, la fille du nouveau directeur de l'école, celle qui a osé dire dans un article de journal qu'elle voulait attendre le mariage pour perdre sa virginité, et qu'elle aime son petit ami, Trevor, de tout son coeur. (Tout le monde a pensé, comme moi, au crapaud de Neville Londubat? parfait.)
Catherine et Sebastian font un pari: s'il réussit à coucher avec Annette, Catherine acceptera de coucher avec lui. Il est ravi, mais soudain, un élément innattendu survient; quelqu'un a envoyé une lettre pour prévenir la belle de se méfier de lui! Il découvre que l'expéditeur est en fait la mère de Cécile l'idiote, et, comme il ne crache jamais sur une petite vengeance bien dégueulasse, il accepte de débaucher sa fille histoire d'avoir une revanche bien loyale. Bon, voici plantées les bases de l'histoire.

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Une touchante scène d'amour fraternel.

Allez, maintenant, le casting.
Le casting est tout simplement génial. Je prends parti, et j'assume, ce casting est merveilleux. Déjà, parce qu'il y a Ryan Philippe jeune (c'est-à-dire il y a dix ans...) et qu'on ne doit jamais cracher sur un film où Ryan Philippe montre ses fesses, même si ce n'est qu'un fugace instant. Ensuite, parce que c'est grâce à Cruel Intentions que j'ai découvert que non, Sarah Michelle Gellar n'était pas qu'une poupée complètement décérébrée et parfaite à donner en pâture aux zombies le jour où la Terre en sera infestée. En réalité, SMG (pardonnez ma flemme), ce n'est pas que cette blondasse de Buffy, c'est également une Catherine de Merteuil absolument diabolique - et moi, j'adooore les personnages diaboliques, alors si en plus elle est complètement nympho, imaginez un peu l'étendue de ma joie. Elle est absolument géniale. C'est l'enfant illégitime de Blair Waldorf et Chuck Bass, et je voue un culte sans bornes à Blair Waldorf et Chuck Bass. Spécial award à sa croix en pendentif qui lui sert à sniffer un peu quand elle ne se sent plus très bien, croix adulée bien évidemment par toutes les adolescentes de type gothic lolita qui pensent que n'empêche, cte croix, elle a trop la classe, tu vois. En plus Catherine utilise son image sexuelle, et ça, ça plait à la gothic lolita.
Passons maintenant à un cas bien particulier: Cécile. Alors, Cécile Caldwell n'est pas l'héroïne du film, et honnêtement, encore heureux! C'est assez simple: plus débile, tu meurs. Et ça, on s'en rend compte dès sa première apparition, lorsqu'elle montre avec joie à Sébastian son immense T-shirt (coupe 90's, ignoble) de Wakakkiki avec un gros koala dessus. Rien que l'air de Sébastian à ce moment-là donne au specateur un pouvoir de compassion inouï. Là-dessus, je dois dire que l'actrice s'est donnée à fond: elle a le physique d'une fille de vingt-cinq ans, un personnage qui en a environ seize ou dix-sept, et une attitude pour laquelle on l'estimerait à douze. Difficile de s'y retrouver dans tout ça, mais l'essentiel, c'est que quoi qu'il arrive, on a envie de la gifler. Du coup, impossible de sympathiser quand Sébastian la prend pour cible. Sa mère est également une véritable plaie, on est heureux quand elle sort du champ.
Le personnage féminin qu'on voudrait nous faire passer pour principal (mais le perso féminin principal c'est bien entendu Catherine, n'oubliez jamais), j'ai nommé Annette Hargrove, je n'ai compris que plusieurs années après mon premier visionnage du film qu'elle n'était pas si idiote que ça. En réalité, elle s'accroche à des genres de principes "en tant que principes" (ce qui me gênait beaucoup quand j'avais 14 ans) et non pas en tant que décisions mûrement réfléchies. Par contre, vers la fin (no spoil), elle commence à repenser les trucs qui clochent dans son système d'évaluation de la vie, et c'est pas si mal... Par contre, c'est vrai que moi j'ai beaucoup de mal avec Reese Whiterspoon, donc bon, si je trouve qu'elle s'en sort bien dans ce film, ça doit vraiment être qu'elle est très bonne.

ci1141
Oui, j'avais envie de partager l'image de Sebastian dans la piscine.

Et puis des divers et variés
Il faut bien un endroit pour parler de ce qui ne rentre pas dans les titres précédents, et que je ne saurais classer vu comme je suis organisée. Déjà, on va parler des décors, parce que les décors c'est vraiment un truc réussi dans ce film. Je dirais que 80% de l'ambiance repose sur ces décors de malade. On est pratiquement tout le temps dans des hôtels particuliers à l'ancienne redécorés et repeints de façon plus ou moins moderne (moderne dans les années 90, quoi). La chambre de Catherine, par exemple, a des murs bleus et les plinthes et les moulures des parois sont peints sans nuances, ce qui casse l'esthétique ancienne de la forme des décors... je n'ai pas fait art déco, mais je peux tout de même noter que ce qui rend si bien là-dedans, c'est le contraste entre la matière et la couleur, combinées de façon atypique (ça y est, je me sens intelligente). L'effet recherché est atteint: du premier coup d'oeil, on sait qu'on est chez des riches.
Les plans en extérieur sont aussi plutôt bien gérés pour le côté graphique; en ville, on n'intègre jamais complètement la caméra au décor, il y a toujours une espèce de distance qui empêche d'entrer complètement dans les scènes, sans doute parce que les plans sont très larges. Pour l'extérieur, on a aussi les jardins et les parcs, oasis de verdure absolument délicieux dans cet univers bétonné de Manhattan.

Ensuite, ce que j'aime bien, c'est la réalisation. Certes, je n'y connais rien, en réalisation, je connais la théorie du théâtre mais pas celle du cinéma, donc sur le plan technique, mes interprétations sont forcément un peu limitées. Cependant, on peut remarquer assez facilement que la direction d'acteurs est de qualité; tout le casting était très jeune, et pour diriger tout ce beau monde sans que personne ne tire la couverture à lui ou pour faire en sorte que les talents, très différents, s'accordent, ça n'a pas dû être de la tarte. En plus, l'histoire est bien construite, bien adaptée du roman, le scénario est dynamique, enfin, c'est un très, très bon film: que demande le peuple?