Millénium

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Eh oui, je me disais l'autre jour, "et si je faisais un article sur la trilogie Millénium?"
Bon, pour la trilogie il va falloir attendre un peu, car je suis allée voir le film et forcément il faut que j'en parle.

Millénium - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Millénium, c'est le nom du journal dirigé par le héros, Mikael Blomkvist. A l'origine, donc, pas vraiment de rapport direct avec l'histoire, du moins dans le film, car on n'a pas vraiment la place de s'y attarder.
Le film démarre un peu comme le roman - et pour tout vous dire, je n'ai jamais vu de ma vie d'adaptation de roman aussi fidèle, alors on va immédiatement mettre de côté l'idée de chipoter sur d'éventuelles inexactitudes. Blomkvist, journaliste économique, vient de perdre son procès contre Wennerström, un homme d'affaire à magouilles; évidemment, comme c'est un héros intègre, ce n'est pas sa faute, il s'est fait avoir par ceux qui lui ont filé de faux documents pour ses accusations contre Wennerström. Il écope donc d'une peine de trois mois de prison pour l'été suivant.
En parallèle, on voit arriver le personnage de Lisbeth Salander; le principe narratif est le même que dans le roman, à savoir, une alternance entre Lisbeth et Blomkvist. Lisbeth, elle, enquête sur Blomkvist à la demande de sa boîte, et surtout d'un certain Henrik Vanger qui ne tarde pas à contacter Mikael pour lui proposer quelque chose.
Le principe est assez simple; Harriet Vanger, la nièce d'Henrik, a disparu de l'île de Hedeby un jour d'été dans les années 1960, une quarantaine d'années auparavant, alors que le seul pont reliant l'île au continent était bloqué. Chaque année, le meurtrier envoie au vieil homme une fleur séchée pour le torturer. La tâche de Mikael sera de retrouver le criminel; pour cela, il s'installe sur l'île de Hedeby dans une petite maison, pris entre les derniers survivants de la famille Vanger habitant l'île, qui est un peu comme leur terre privée.
Pendant ce temps, Lisbeth Salander, une hackeuse de génie un peu punkette, a de sérieux problèmes avec son nouveau tuteur; elle a beau avoir vingt-quatre ans, son état mental exige selon la loi que quelqu'un la surveille; son ancien tuteur, hospitalisé, ne peut plus la laisser agir à son gré. Elle se débrouille donc toute seule pour se défendre contre l'affreux bonhomme qui doit désormais s'occuper d'elle.
Leurs deux chemins finiront par se croiser au cours de l'enquête qu'ils termineront ensemble.

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Le livre, le film?

La question idiote mais néanmoins universelle dans ce genre de situation, c'est: "Lequel est le meilleur? Le livre ou le film?"
Je dirais que le film est une fidèle retranscription de ce qui se trouve dans le livre. Ensuite, je ne sais pas comment ceux qui sont étrangers à l'histoire peuvent voir ça; mais le rythme est conservé, les personnages sont fidèlement dépeints, l'histoire est la même à quelques raccourcis près (tentez de faire tenir un bouquin aussi énorme en 2h10 de film T.T...) et les décors et la musique sont superbes. Pour ce qui est de la musique, elle est vraiment utilisée pour dire "attention, là, il se passe un truc important" ou "regardez, il a trouvé un indice!". Mais c'est exactement ce qui colle avec l'ambiance du film; après tout, c'est une sorte de thriller - qui tient plus du polar, tout de même, enfin il me semble. On a besoin de grandes musiques angoissantes/grandioses et compagnie pour accentuer l'impression qui se dégage des scènes, d'autant que c'est judicieusement utilisé. Généralement, les musiques d'ambiance de film me gonflent royalement, mais lorsque ça tombe au bon moment et sans fioritures, ça me plaît, et là, c'était le cas.
Dans l'ensemble, on peut dire que ce film n'en fait ni trop, ni pas assez. Par exemple, il y a dans le roman des scènes affreusement violentes et perturbantes dont j'avoue qu'elles me remplissaient un peu d'appréhension; c'est une chose de le lire, c'en est une autre de le voir. J'avais peur qu'on censure une violence pourtant nécessaire à l'intrigue tout autant que je redoutais que l'on surjoue et surexpose inutilement une violence qui n'était pas le pilier de l'histoire... si je me fais bien comprendre.
Bon, eh bien au final, cette violence originelle du bouquin est bel et bien là; il n'y a pas de censure inutile, aucune pudibonderie mal placée; on doit montrer des scènes terribles, eh bien on les filme, et voilà tout. Seulement, et c'est là que repose toute la subtilité et l'intelligence du film, on ne les filme pas avec voyeurisme; aucune image vraiment choquante n'apparaît à l'écran, les choses sont filmées simplement, sans accentuation de lumière, de plans ou de musique, comme quelque chose qui se déroule et puis c'est tout. Cependant, j'avoue que le rating -12 est une belle connerie, étant donné qu'un gosse de douze ans, si on lui montre ça, il doit sûrement faire des cauchemars pendant une semaine. Niveau image, les trucs gore ne sont visibles qu'en photo, ce qui atténue un peu le choc; et sinon, en image filmée, on voit, euh... pas grand chose en fait... on voit les seins de Lisbeth, un peu, mais à part ça, rien de susceptible de "choquer" un public... (si les seins de Lisbeth choquent les gens c'est que vraiment c'est très grave)
L'accent est vraiment mis sur le titre et le thème principal du roman: les hommes qui n'aiment pas les femmes (l'assassin, Bjurman) mais également, et c'est plus subtil, ceux qui les aiment (Blomkvist, Henrik).
Il y a ces hommes répugnants qui détestent tellement les femmes qu'ils poussent la démence (ou que la démence les pousse) à les violer, les mutiler, tous ces actes profondément haineux et inhumains qui sont ici rationnalisés par leurs auteurs, qui considèrent leurs actions impardonnables comme légitimes.
Et puis il y a ces hommes qui aiment les femmes jusqu'à, comme Henrik, passer quarante ans de leur vie à la recherche du meurtrier de leur nièce disparue; ou comme Mikael, qui lui aime tellement les femmes qu'il couche avec la première qui lui plaît^^ Ce n'est pas un élément qui a été conservé dans le film, mais Blomkvist est un grand amoureux des femmes; ce n'est pas qu'il les cherche, mais plutôt qu'ils se trouvent, elles et lui.
Et au milieu, il y a Lisbeth, qui a uniquement connu des hommes qui haïssaient les femmes, tout au long de sa vie, jusqu'à tomber sur Mikael, qui l'intrigue tant il est différent de ceux qu'elle a croisé jusque là. Le film commence d'ailleurs à installer l'intrigue qui suivra, "La fille avec un bidon d'essence et une alumette", et les éléments sont d'ailleurs admirablement intégrés à l'intrigue, de façon si souple que cela nous permet même de mieux comprendre le personnage de Lisbeth, étant donné qu'on ne peut pas lire sa vision des choses...

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Les personnages

Parmi les personnages, on retient essentiellement celui de Lisbeth Salander, interprétée avec brio par Noomi Rapace. Cependant, le personnage de Mikael n'est pas mal non plus; dans le bouquin, il est du genre incolore, inodore et sans saveur, le suédois moyen de base, impossible à cerner et aux contours très flous. Personnellement, le Blomkvist du livre me sort assez rapidement par les trous de nez. Le Blomkvist du film, étrangement, est le même que celui du livre, mais avec de la consistance, une personnalité, son humanité propre et tout le reste, qui forme un package fort appréciable. Sa tête correspond assez bien au personnage.
D'ailleurs, à ce propos. Soit je suis bien trop jeune, soit le climat suédois use prématurément les gens; toute cette génération de quarantenaires, Mikael, Erika, Cécilia et Martin... on leur donnerait facilement cinquante-cinq ans dès le premier coup d'oeil, et soixante en y regardant de plus près. Ca clashe pas mal avec l'image qu'on a des personnages du roman d'ailleurs; on imagine Erika comme une femme dynamique et éternellement jeune, et d'un coup la caméra se tourne vers une blondasse toute fanée au visage pas vraiment frais. Henrik, par contre, le je voyais nettement plus vieux et plus diminué; comme quoi, les notions d'âge sont subjectives, en fait, il semblerait...

Le personnage de Lisbeth est très nettement le plus haut en couleurs (ironiquement) et le plus précis du roman; un véritable challenge à incarner à l'écran, étant donné la foultitude de détails la concernant. On sait comme Lisbeth agit, comment elle pense, comment elle s'habille, comment elle se tient... A ce propos, je l'aurais d'ailleurs vue avec le menton moins haut; le genre épaules voûtées et tête baissée qui regarde par en-dessous juste parce qu'elle est légèrement autiste et que de toute façon elle n'en a rien à foutre de ce que les gens peuvent bien lui raconter. L'actrice se tenait de façon étonnamment droite et stable pour quelqu'un d'aussi friable et fluet que Lisbeth; cependant, elle a parfaitement bien rendu - je trouve - la complexité du personnage. L'absence de communication via l'auteur sur ses agissements est vraiment un problème qui pourrait sembler incontournable mais qui en réalité est assez facilement balayé par la performance de l'actrice; cela arrive qu'elle fasse ça de façon assez maladroite, mais après tout, Lisbeth l'est aussi... je trouve ça donc parfaitement justifié. Au niveau de l'image, je confirme, les tatouages sont bien là partout où ils sont censés être. Sa coupe de cheveux colle exactement au personnage, et elle est bien trouée partout par des piercings. Au niveau du style vestimentaire, là encore, c'est tout à fait ça; par contre, j'étais complètement interloquée lorsque j'ai vu sa carrure; elle est à elle seule plus masculine que tous les bishos dont j'ai connaissance O_O' ... Dans le genre où, si ce n'était pas pour son visage et pour ses hanches, on la prendrait réellement pour un mec. Pourtant, Lisbeth est censée être une espèce d'anorexique qui semble à peine tenir debout... Mais encore une fois, je trouve que ça passe (je vous avais dit que j'étais désespérément bon public T.T)
Par contre, en ce qui concerne son maquillage, on peut constater une évolution évidente dans le film: lors de sa première apparition, c'est la totale. Collier à piques, fringues sombres, dix litres de mascara et un bon kilo de crayon noir gras autour des yeux façon panda, rouge à lèvres noir charbon. Alors que dans sa dernière scène, son maquillage se limite à un léger trait de crayon sous l'oeil. En fait, au fur et à mesure qu'on apprend à connaître le personnage, elle se défait de son maquillage pour se rendre plus accessible au spectateur.

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Que dire donc de l'adaptation ciné du chef d'oeuvre de Stieg Larsson? Eh bien, tout bonnement que c'est à la hauteur de l'oeuvre d'origine. Je trouve le film particulièrement bien scénarisé, objectif, bien coupé, fidèle, inventif, et malgré tout ça il arrive encore à avoir une vie propre. Non, décidément, une adaptation aussi fine, ça n'était pas donné d'avance, et pourtant, le pari est réussi, et moi je dis: allez voir Millénium si vous êtes assez grand pour tenir le choc, car franchement, c'est un film qui vaut le détour.